Brève
présentation de l’Aumônerie Hospitalière Musulmane
I.
L’EXPRESSION DE L’AUMONERIE HOSPITALIERE EN ISLAM
En Islam, les devoirs pour certains, droits pour
d’autres, peuvent être classés, selon la catégorie des bénéficiaires, sa
famille, soi même, les autres membres de la communauté musulmane, ses voisins, etc….
Dans la catégorie des droits d’un(e) musulman(e)
envers un(e) musulman(e) qui sont au nombre de cinq, il y a العيادة « al Hiyada » du malade (prononcer
un H guttural profond), traduit à tort
par certains par « visite », en
effet la racine de العيادة en arabe a pour signification retour, le sens
le plus proche de « Hiyada » est :
visite avec des retours, régulière.
On comprend donc que le musulman malade a droit à
des visites suivies. Le cercle des « obligés » ne se restreint pas uniquement
aux proches (qui sont quand même les premiers concernés) Ce cercle est élargi à
toute la communauté, et cet acte s’inscrit dans une solidarité entre tous les
membres de la communauté, et revêt un caractère obligatoire, du fait qu’il est préscrit dans un « hadith » (parole du prophète) authentifié.
La motivation de cette obligation dans l’Islam ne se
borne pas uniquement à la sauvegarde de la religion, de la foi de la personne malade, mais également
la sauvegarde de sa personne, de son intégrité, de ses biens etc… Nous pouvons dire que l’aumônier musulman
selon les préceptes de sa religion est tenu d’apporter au malade musulman toute
aide et tout soutien pour à remédier ou atténuer les conséquences de sa
maladie.
Il est entendu que cela ne se fait
qu’avec l’accord du malade. Mais comme il est de même confession que son
aumônier, vivant la même tradition musulmane, il connaît le dévouement de ses
frères ou sœurs qui viennent lui rendre visite, il sait la portée du droit d’ «
Al Hiyada » il n’hésite pas à solliciter ses frères et soeurs
Alors comment assumer notre devoir d’ « Al Hiyada » dans le contexte d'un établissement public ?
L'aumônerie, dans le cadre institutionnel en milieu hospitalier dont l'objectif premier est d'assister le patient pour sa liberté religieuse, le permet. Elle n'est pas en contradiction avec les préceptes de notre religion, bien plus elle est favorable. La laïcité qui est prône la neutralité de l'État face aux religions, dans ce cas paradoxalement oblige l'État à assurer la liberté religieuse du malade.
Alors comment assumer notre devoir d’ « Al Hiyada » dans le contexte d'un établissement public ?
L'aumônerie, dans le cadre institutionnel en milieu hospitalier dont l'objectif premier est d'assister le patient pour sa liberté religieuse, le permet. Elle n'est pas en contradiction avec les préceptes de notre religion, bien plus elle est favorable. La laïcité qui est prône la neutralité de l'État face aux religions, dans ce cas paradoxalement oblige l'État à assurer la liberté religieuse du malade.
Nous avons pu installer quelques services d'aumôneries dans certains établissements et nous sommes très souvent sollicités par des
familles pour subvenir aux frais de sépulture de patients décédés à l’Hôpital. Mais comme il a été précisé avant, si le malade en séjour à l'hôpital nous sollicite pour d'autres soutiens à cause de son état, nous répondons.
Nous avons été sollicités pour trouver un logement pour les familles de patients venant de loin,
Nous avons été sollicités pour trouver un logement pour les familles de patients venant de loin,
transporter des
personnes démunis de moyens pour des soins médicaux. D’autres patients vivant
seuls nous ont demandé de continuer à leur rendre visite même
en dehors de l’hôpital etc… Des services en direction du patient mais aussi de
l’hôpital comme la traduction, pour que l’information entre le médecin et
patient soit assurée, apporter des repas à des patients et tout cela
bénévolement !!
Bien des services qui dépassent le cadre
institutionnel, mais que nous accomplissons comme un devoir vis à vis de la
communauté, bien entendu en totale cohérence avec l’exercice institutionnel de
l’aumônerie dans les établissements publics français.
Tout cela génère des frais que nous devons pour
une partie assumer nous-mêmes, avec des collectes dans les mosquées et auprès
des fidèles. Nous essayons tant bien que mal d’assurer des budgets pour tout ce
qui est activité des aumôniers aussi bien intra comme extra hôpital.
Cette réalité de l’aumônerie musulmane
apparaît intéressante, dans la mesure où les soins hospitaliers en ambulatoire
prennent de plus en plus de place et qu’il sera fort utile voire indispensable
la mise en place un jour d’un suivi post-hospitalisation, qui ne peut être
toujours garanti que par des proches, lorsqu’ils existent.
Un second devoir inscrit dans le «
hadith » parmi les cinq que la communauté musulmane doit assumer : garantir une
sépulture musulmane à ses membres, en prévoyant une présence physique à cette
sépulture pour assurer le rituel. Les décès parvenant en majorité dans les
hôpitaux, les aumôniers ont un rôle essentiel d’accompagnement du patient et de
sa famille que ce soit pour informer de manière neutre et sans intérêts et
assurer une coordination.
II.
AUMÔNERIE HOSPITALIERE
Pour connaître l’aumônerie
hospitalière il faut à la fois comprendre la loi de 1905, ce qu’est l’Hôpital
et connaître le fonctionnement institutionnel de cette aumônerie.
II.1 La loi du 9 décembre 1905
Article1
La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.
Article2
La République
ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à
partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront
supprimées des budgets de l'Etat, des départements et des communes, toutes
dépenses relatives à l'exercice des cultes.
Pourront toutefois être inscrites
aux dits budgets les dépenses relatives à des services d'aumônerie et destinées
à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que
lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons.
La loi de 1905 est avant tout une loi
de défense de liberté, celles de la conscience et de l’exercice du culte. La
séparation de l’Etat et des églises est une condition nécessaire pour cette
liberté. Et s’il arrive que cette loi mette des fois des freins aux uns c’est
en principe pour permettre cette liberté à d’autres. Toutefois il est difficile
pour les hommes de tracer d’une manière nette où s’arrête la liberté des uns et
où commence celle des autres.
C’est une loi avec des termes forts :
« garantit » et « assure » qui laissent peu de manœuvres. Je ne suis pas
certain que tout lecteur de son texte, a conscience de la portée de ces termes,
j’ai entendu un directeur de CH (centre hospitalier) en réunion avec les
représentants de cultes dire qu’il était d’accord pour le recueil individuel des patients mais qu’il était
contre des célébrations de culte collectives dans son établissement !
Chaque fois qu’un croyant est retenu
dans un établissement géré par l’Etat, ce dernier doit prendre toutes les
dispositions nécessaires pour qu’il puisse librement pratiquer son culte à
l’intérieur de cet établissement. C’est pourquoi La loi de 1905 prévoit la mise en place des aumôneries dans les établissements publics, et fait
une exception à l’interdiction de subventionner un
culte pour en assurer le libre exercice dans ces établissements.
Il y a des aumôneries dans les établissements de
santé, pénitentiaires, militaires, et la liste n’est pas exhaustive. Le fonctionnement des aumôneries est
différent dans ces trois types d’institution.
Concernant le culte musulman,
l’histoire ne rapporte pas de réactions de musulmans présents au moment du vote
de la loi de 1905. Elle n’est pas à l’avantage exclusif des catholiques ! Les cultes
protestant et judaïque l’ont accueilli avec satisfaction. Conséquence les
aumôneries ne doivent pas être exclusivement catholiques. A titre d’exemple
certains établissements préfèrent ne pas mentionner explicitement de quelle
confession il s’agit sur les badges d’identification des aumôniers, pour
signifier que le cadre de fonctionnement est strictement le même pour tous. Il ne doit pas y avoir de privilèges entre
les aumôneries, car les établissements publics dans leur gestion des aumôneries
doivent respecter une stricte neutralité. C’est là, entre autres, que la loi de
1905 trouve toute sa signification.
II.2 L’hôpital
L’Hôpital (qui peut porter des noms divers ;
centre hospitalier, centre hospitalier départemental, centre hospitalier
universitaire etc..) est un espace public. En effet c’est un espace des plus
ouverts, nous y sommes accueillis, hommes ou femmes, jeunes et moins jeunes, de
toutes catégories socioprofessionnelles. Nous y sommes déshabillés, au sens
propre comme figuré. Pour la majorité nous y sommes nés, et peut être bien que
nous y expirerons notre dernier souffle. Un lieu rare où nous y sommes traités
et considérés pour ce que nous sommes et rien de plus : des être humains.
L’Hôpital nous y réunit tous quelques soient nos opinions, quelque soient
nos croyances, et même si nous n’en avons pas. Tous les codes qui lui sont
extérieurs s’estompent et ne reste que ce qui est commun à nous tous notre
humanité. Une fois un médecin m’avait fait cette confidence : « c’est étonnant de voir comment des hommes
puissants et reconnus comme tels dans notre société deviennent aussi faibles et
vulnérables face à la maladie.»
La mission de l’aumônier comme tout acteur dans l’Hôpital, détient une
grande part d’humain.
l’Hôpital public (amené à accueillir tout le
public) est donc un excellent laboratoire des interactions entre le religieux
et le laïc, un modèle de connivence des citoyens quelques soient leurs
confessions et même
lorsqu’ils n’en ont pas. Il existe de
nombreuses chambres à l’hôpital à deux ou trois lits, où des personnes qui ne
se connaissent pas couchent sous le même toit ! C’est un milieu où même les
différentes religions doivent cohabiter et œuvrer ensemble, sous l’égide d’une
direction qui dans cette situation, et plus que jamais, est
laïque, traitant toutes les religions
à égalité. C’est un examen de passage pour nous tous, acteurs comme usagers
pour vérifier véritablement si les principes ô combien scandés comme liberté,
égalité ou laïcité, trouvent réalité dans cet espace qui est l'Hôpital
Certes les aumôneries sont présentes pour assurer
la liberté de culte, mais nous voyons bien que dans ce milieu, l’Hôpital, sa
mission ne peut se limiter exclusivement
à cela. C’est parce que, la véracité de la
croyance se voit dans notre
comportement, si matériellement un patient est dans le besoin et à l’occasion
de notre visite sollicite une aide à l’aumônier, il est dans l’obligation selon
sa croyance d’assister ce patient matériellement. Nous sommes de ce fait un
relais avec toute la communauté musulmane, avec la discrétion et la
confidentialité que cela impose, je parle évidemment pour ma confession.
La pratique de la religion n’est pas
que spirituelle, ne pas accepter de voir, en plus de la maladie, voir son
prochain démuni et sans ressources et agir en conséquence est une forme
d’adoration de Dieu. Et lorsqu’un patient de confession musulmane nous
sollicite nous prenons en considération sa situation globale.
Notre action n’est pas uniquement en
direction du patient. La charte des aumôneries dans les établissements de santé
relevant de la fonction publique hospitalière apportée par la circulaire
DGOS/RH4 no 2011-356 du 5 septembre 2011 le montre bien.
« Au-delà du
rôle de visite au patient qui le demande, ou le cas échéant, d’ordonnateur de
rituels mortuaires, l’aumônier apporte son concours à l’équipe soignante ; son
action ne se fait pas au seul bénéfice du patient qui l’a demandé : sa
présence, par la dimension éthique qu’il porte, est enrichissante pour tous.
L’aumônier, éclaire le cas échéant l’équipe médicale et soignante sur les
implications que peuvent avoir certaines de leurs décisions au regard des
convictions et pratiques religieuses des patients. Sa démarche doit être
cohérente avec la démarche de soins.
L’aumônier en raison même de sa
spécificité, joue pleinement son rôle d’agent public, à titre permanent ou
occasionnel, en contribuant à l’amélioration du service rendu aux usagers des
établissements publics qui les accueillent, notamment en œuvrant à la médiation
nécessaire à la bonne compréhension de l’organisation du service public par les
usagers. Il peut par ailleurs être sollicité pour des actions de formation
interne à
l’établissement,
en vue de diffuser la connaissance des traditions religieuses. »
L’Aumônier assure en plus une harmonie entre la
liberté d’exercice de culte des patients qui l’ont sollicité avec l’ensemble
des règles qui permettent à l’Hôpital d’apporter les soins nécessaires pour le
bien être de tous et dans le respect de chacun.
Au demeurant l’aumônier musulman qui vient de
commencer dans un exercice reconnu à l’Hôpital , n’est pas que l’assistant pour
l’exercice du culte mais le frère qui vient vous apporter son soutien total à
commencer par la chaleur humaine, un réconfort, il est à l’écoute et agit dans
la limite de ses possibilités et prérogatives à tout ce qui pourra le soulager
, ne se limite pas à l’assister pour accomplir tel ou tel rituel.
En tant qu’aumôniers nous sommes confrontés à des
situations de patients, qui en plus de la maladie ils sont isolés, ignorant
presque tout du milieu où ils se retrouvent, démunis. Nous leur répondons pas
désolé nous sommes chargés exclusivement que du culte, adressez vous à
l’assistante sociale !!
Revenons à l’Hôpital,
il ya intérêt à regarder de près, comment tout ce monde interagit à l’intérieur
de
l’Hôpital ? D’examiner de près l’attitude des
dirigeants et différents responsables des établissements publics avec l’arrivée
de l’aumônier musulman, ce dernier qui le veuille ou non, porte une certaine
expression de sa religion bien implantée en France.
Je m’étais posé la question : le principe de
laïcité peut-il encore s’appliquer de la même manière face à une religion
unique et dominante que face à un pluralisme de religions dont une est de plus
en plus lisible et visible, et qui plus est, fortement concurrente à celle «
majoritaire».
Après multitudes constats je pense que les
dirigeants des hôpitaux ne sont suffisamment prêts pour y répondre. Beaucoup d’entre eux
font la politique de l’autruche et
attendent que « ça passe » d’autant plus qu'ils ne restent jamais trop longtemps dans le même poste. Ceci dit il y a quand même des directeurs courageux qui font face à cette situation nouvelle et essayent d'y répondre avec leurs moyens, ils sont minoritaires.
II.3 Fonctionnement institutionnelle
de l'aumônerie hospitalière
Le cadre législatif spécifique à l'aumônerie
hospitalière était très limité jusqu'à 2002 avec l'avènement de la loi du 4
mars de cette même année relative aux droits des malades et à la qualité du
système de santé. Dès lors les droits « spirituels et cultuels» sont pris en
compte dans la prise en charge globale du patient.
A partir de l'année 2002 il y a eu une «
déferlante » d'instructions (2005, 2006, 2011 et 20015) Je cite les principaux
textes régissant l’aumônerie hospitalière
1) Article R. 1112-46 issu du décret n° 74-27 du 14
janvier 1974 relatif aux règles de fonctionnement des centre hospitaliers
« Les hospitalisés doivent être mis
en mesure de participer à l'exercice de leur culte. Ils reçoivent, sur demande
de leur part adressée à l'administration de l'établissement, la visite du
ministre du culte de leur choix ».
2) La Charte du patient hospitalisé annexée au
circulaire DGS/DH n°22 du 6 mai 1995 relative aux droits des patients
Dans le paragraphe VII
« L'établissement de santé doit
respecter les croyances et convictions des personnes accueillies. Un patient
doit pouvoir, dans la mesure du possible, suivre les préceptes de sa religion
(recueillement, présence d'un ministre du culte de sa religion, nourriture,
liberté d'action et d'expression ... ».
3) La Circulaire N°DHOS/P1 n° 2006-538 du 20 décembre 2006, porte sur le service d'aumônerie
Le choix des aumôniers
Le statut des aumôniers
La rémunération des aumôniers
Le cumul d’emplois des aumôniers
la limite d'âge des aumôniers
Le cumul d’emplois des aumôniers
la limite d'âge des aumôniers
4)
La
Circulaire N°DGOS/RH4/2011/356 du 5 septembre 2011 relative à la Charte des
aumôniers dans les établissements publics de santé
Apporte des précisions sur la mission et le champ d’intervention des aumôniers , le rôle de l’établissement dans l’accès au culte et les domaines de formation (laïques) obligatoires pour l’aumônier
Apporte des précisions sur la mission et le champ d’intervention des aumôniers , le rôle de l’établissement dans l’accès au culte et les domaines de formation (laïques) obligatoires pour l’aumônier
5) Instruction n° DGOS/RH4/2015/42 du 12 février 2015
III. L’AUMÔNERIE HOSPITALIERE MUSULMANE
III.1. Brève histoire de la création de l’aumônerie hospitalière musulmane
Le Conseil Français du Culte Musulman
(CFCM) et les Conseils Régionaux du Culte Musulman (CRCM) ont été créés en juin
2003 pour être les interlocuteurs de l’Etat pour toutes les questions liées à
l'exercice du culte en France (lieux de culte, le Halal, la formation des
imams, les aumôneries etc…). Des commissions de travail sur ces questions ont
été mises en place et les règles de leur fonctionnement inscrit même dans les
statuts du CFCM
Pour la commission « Aumônerie » il fallait nommer
trois Aumôniers Nationaux à la tête des trois aumôneries ; pénitentiaire,
militaire et hospitalière. A l’image du CFCM partagé entre fédérations, l’Etat
veillera à que l’aumônerie soit partagée entre les trois principales
fédérations de musulmans, un partage qui lui-même fixera.
L’aumônerie militaire reviendra à la «
Grande Mosquée de Paris » et M. Abdelkader Arbi sera nommé Aumônier militaire
en chef musulman le 18 mars 2005.
La pénitentiaire fut
attribuée à la FNMF (Fédération Nationale des Musulmans de France) qui
deviendra le RMF actuel (Rassemblement des Musulmans de France), M El Alaoui
Talibi Hassan sera nommé Aumônier National des Prisons, le 2 mai 2005.
Quant à l’aumônerie hospitalière elle
reviendra à l’UOIF (Union des organisations islamiques en France) et M Abdelhaq
Nabaoui sera nommé Aumônier National Hospitalier Musulman en septembre 2006.
Dès le départ l’Aumônerie Hospitalière
partait avec un handicap, les autres aumôneries disposaient de budgets et d’un
bon encadrement législatif. Alors que la gestion des établissements de santé
est décentralisée, son budget ce sera donc ce que les établissements de santé
voudront bien accorder. En outre le cadre législatif spécifique à l'aumônerie
hospitalière était limité à ce moment. Le premier cadre clair, précis et
réunissant tous les éléments nécessaire pour le fonctionnement des aumôneries
hospitalières en milieu public est la charte apportée par la circulaire de
septembre 2011 (soit 5 ans après la nomination de l’Aumônier National)
Depuis 2006 à février 2015 l’Aumônier
National Hospitalier Musulman (ANHM) devait s’appuyer sur les CRCM pour gérer
localement l’Aumônerie Hospitalière Musulmane. Le résultat dépendait donc du
dynamisme des personnes élus au sein des CRCM. A juger des résultats tangibles
sur le terrain, ce ne fut pas une bonne stratégie que de charger les CRCM des
aumôneries hospitalières. Pire encore certains CRCM agissaient en entière
abstraction de l’autorité de l’ANHM. Pour des raisons de « querelles de
mosquées » (petites comme grandes à contrario dans le catholicisme les
querelles sont de chapelles et non de cathédrales) Ceci ne peut survenir aux
autres aumôneries, leurs dispositions réglementaires sont bien strictes. Un
exemple : les Ministères de la défense et de la Justice connaissent exactement
les identités des aumôniers locaux musulmans recrutés, ce qui n’a jamais été le
cas pour le Ministère de la santé, jusqu’à la dernière circulaire de février
2015, aucune disposition de contrôle au niveau de l’Etat.
Une situation de désordre quasi total
régnait au sein de l’Aumônerie Hospitalière Musulmane en France, tellement que
l’ANHM faillit démissionner. D’où une réorganisation annoncée dans
l’instruction du 12 février 2015. Sa gestion locale fut confiée aux Aumôniers
Régionaux Hospitaliers Musulmans (ARHM). Elle a l’avantage de pouvoir être
pérenne. Ces ARHM ont été choisis par l’ANHM leurs nominations n’a pas été donc
laissées au hasard d’une élection ! Précisons que les membres des CRCM sont
élus tous les trois ans et pour l’actuel mandat pour six ans.
Juste après la circulaire de février
2015 l’ANMH mit en place une charte et un cahier de charge que doivent
respecter les ARHM.
III.2. L’instruction du 12 février 2015
L’instruction du ministère de la santé n° DGOS/RH4/2015/42 du 12 février 2015 a
voulu donner un nouvel essor à l’aumônerie hospitalière musulmane. Elle met la
responsabilité de cette aumônerie au niveau régional aux mains de l’Aumônier
Régional Hospitalier Musulman lui-même désigné par l’Aumônier Hospitalier
National Musulman. Auparavant c’était le CRCM qui avait cette responsabilité au
niveau régional : voici l’extrait de la circulaire N°DHOS/P1/2006/538
du 20 décembre 2006 § II.1 Choix des aumôniers, qui le confirme
« Des
services d’aumônerie, au sens de l’article 2 de la loi de 1905, peuvent être
mis en place pour chaque culte qui le demande, en fonction des besoins exprimés
ou recensés par l’établissement hospitalier, social ou médico-social concerné. Quel que soit le culte auquel ils appartiennent, les aumôniers sont recrutés
ou
autorisés par
les chefs d’établissement sur proposition des autorités cultuelles dont ils
relèvent en fonction de leur organisation interne : évêchés, consistoires
israélites central, régionaux ou locaux, aumônier national hospitalier
du conseil français du culte musulman ou des conseils régionaux du culte
musulman et commissions nationale ou régionale des aumôneries des
établissements sanitaires, sociaux et médicosociaux de la Fédération
protestante de France ou présidents des Conseils régionaux de l’Eglise réformée
de France, etc... En l’absence d’autorité cultuelle clairement identifiée, il
ne peut être donné droit à une demande de mise en place d’un service
d’aumônerie. »
Les
changements viendront dans l’instruction n°
DGOS/RH4/2015/42 du 12 février 2015, extrait :
« Il est
cependant apparu que, concernant le culte musulman, des difficultés ont pu
surgir dans certaines régions pour identifier l’autorité cultuelle légitime,
notamment dans le cas où plusieurs associations locales ou régionales
entendaient désigner un aumônier.
C’est pourquoi, afin d’éviter une
excessive centralisation du processus de désignation, il a été décidé, en
accord avec le Bureau central des Cultes du ministère de l’Intérieur et après
échange avec l’aumônier national hospitalier désigné par le Conseil français du
culte musulman, que les aumôniers musulmans dans les établissements relevant de
la fonction publique hospitalière sont désignés par les aumôniers régionaux
après avis de l'aumônier national. »
Une façon diplomate de sous-entendre
que les CRCM n’ont pas toujours été capables d’organiser les aumôneries
hospitalières dans certaines régions.
Le service de culte à mettre en place,
le cas échéant, doit correspondre aux besoins réels constatés. Il doit donner
satisfaction aux patients bien entendu, mais ne doit mobiliser que les moyens
nécessaires. S’agissant d’établissements publics, l’argent des contribuables,
que nous sommes tout un chacun, doit être utilisé à bon escient. Cela est
valable aussi bien pour les aumôneries récentes comme la musulmane, que pour
celle déjà en place, (catholique par exemple).